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N° 61 - 29 mars 2016
 

Déserts médicaux : la solution existe !

Bernard Pledran

Ce qui est rare est cher. Un cheval bon marché est rare. Donc, un cheval bon marché est cher. Voilà la manière, certes un peu lapidaire, qui résume la pensée du Pr. Vallancien. Dans une récente lettre ouverte adressée aux parlementaires, ce dernier propose de supprimer les déserts médicaux « en moins de deux ans ». Nous avons des génies dans notre pays et nous n’exploitons pas leurs compétences. Quel gâchis !
Ce qu’il y a d’ennuyeux dans la démonstration du cher professeur, c’est qu’il part de données apparemment vraies, mais qu’il les élague et les tronque pour n’en garder que ce qui peut aller dans le sens de sa démonstration. Que nous propose-t-il pour transformer les déserts en jardins luxuriants ? La télémédecine, l’utilisation d’infirmier(e)s et d’hélicoptères. C’est limpide et d’une telle simplicité qu’on se demande pourquoi personne n’y avait pensé avant !
Commençons par les infirmier(e)s. J’ai le plus grand respect pour celles et ceux qui font ce métier. Je travaille avec eux au quotidien et leur aide m’est non seulement précieuse, mais indispensable. Cependant, autant je serais incapable, tout au moins maladroit pour accomplir la plupart de leurs tâches, autant mon métier n’est pas le leur et leur métier n’est pas le mien. Je suis dans le diagnostic et le suivi des pathologies quand ils ou elles sont dans le soin. Certes, nous avons des points communs, comme l’écoute attentive, élément essentiel de la prise en charge des patients. Mais, Monsieur le Professeur, quel mépris pouvez-vous avoir pour des confrères, quelle méconnaissance de leur activité au quotidien, de leur polyvalence, de leur engagement pour raisonner comme vous le faites ? Vous ne connaissez rien à la médecine générale, comme moi je ne sais pas grand chose de la chirurgie urologique. Mais j’ai au moins la décence de me taire et de ne pas commenter la manière dont vous opérez les prostates.
La télémédecine est aussi selon vous l’outil qui va nous sauver. Mais nous sauver de quoi, monsieur le Professeur ? C’est quoi la télémédecine et c’est quoi la médecine générale ? Dans nos cabinets, à domicile, nous rencontrons des gens. Des gens normaux, des gens malades ; on se dit bonjour, on se parle, on examine les patients, on sonde leur âme aussi, bien souvent. On reformule leurs symptômes, on calme leurs angoisses. Expliquez-moi par quoi vous allez remplacer tout cela ? Par de la fibre optique et du haut débit ?
Je finis mon inventaire par le plus grotesque, le plus rigolo. Dégagez la piste, voilà l’hélico ! Votre vision du premier recours se limite à la désincarcération de patients coincés dans leur voiture et qu’il faut orienter le plus vite possible vers l’hôpital le plus adapté. Et pour cela, il faudrait mutualiser les hélicoptères. Je suis entièrement d’accord avec vous. Sauf que le premier recours ce n’est pas ça. Ce n’est pas seulement cela. Le premier recours en santé, ce sont les millions d’actes faits chaque jour par les pharmaciens, les infirmières, les médecins généralistes ; pour ne citer que ces professionnels. Votre proposition me rappelle cette demande d’un directeur de prison à un directeur d’hôpital psychiatrique pour que ce dernier lui prenne un pensionnaire : « Il n’est pas complètement fou ton bonhomme, il est complètement con. Pour que je le prenne, il faudrait construire un asile de cons. Tu imagines la taille ? ». Si l’on devait vous suivre dans votre raisonnement, il en faudrait des escadrilles d’hélicoptères !
Enfin, je ne prends que comme une maladresse votre description quasi méprisante du jeune médecin qui s’installe. Maître de stage, je rencontre quelques uns de ces jeunes médecins, de ces jeunes femmes, souvent plein d’enthousiasme. Plein d’enthousiasme pour faire leur métier. Pas pour devenir esclaves des administrations et de la paperasse.
Car il y a un aspect que vous passez sous silence, Monsieur le Professeur. Quel est aujourd’hui, dans notre pays, le niveau de rémunération des médecins généralistes ? Il est de la moitié en moyenne de ceux des autres spécialistes ! Avant d’acheter des hélicoptères, suggérez de mettre cette rémunération à un niveau qui permettrait aux professionnels de haut niveau que sont les médecins généralistes de travailler dans des conditions décentes. Tout d’abord avec un secrétariat. Ce qui n’est pas possible aujourd’hui pour la plupart d’entre nous.
Au final, merci Monsieur Vallancien de secouer, par votre courrier, le cocotier de nos politiciens ; en leur disant, bien naïvement que des solutions existent. Solutions bien différentes des vôtres quand elles sont proposées par des médecins confrontés aux problèmes de terrain. Mais pour que ces solutions soient mises en œuvre, il faudrait qu’il y ait quelques hommes politiques avisés dans ce pays. Et de ce côté-là, j’ai tendance à penser que le dernier n’est plus de ce monde depuis bien longtemps.

Négociations conventionnelles : mises en jambe

Jean-Christophe Calmes

Les négociations conventionnelles c’est un peu comme le Tour de France. Avant d’entamer la montagne, on s’observe, on se cherche, on se teste, puis on entre dans le vif ! Les premières journées ont permis de parler de la démographie, des conditions d’installation, de la protection sociale, puis des conditions d’exercice et des rémunérations. Le 31 auront lieu les discussions sur les spécialités cliniques.

Les tours de table des négociations conventionnelles ouvertes le 16 mars dernier ont été l’occasion pour MG France de parler et de faire parler de notre spécialité. Ils ont permis de dresser le constat de la différence de traitement de la médecine générale, seule spécialité sous-cotée de 2 euros, pour laquelle un temps de travail hebdomadaire supérieur de 9 heures se traduit par un revenu global inférieur de 49 % à celui des autres spécialités ...
Ces premières rencontre ont aussi été l’occasion de demander des mesures incitatives à l’installation (seulement 11,8 % des jeunes médecins généralistes s‘installent en libéral la première année de leur inscription à l’Ordre), avec une révision des zones déficitaires, des aides à l’installation attractives. Mais également un soutien aux médecins déjà installées, l’amélioration de la protection sociale, la valorisation de la maîtrise de stage, et également un statut conventionnel pour le médecin remplaçant.

Nous souhaitions, par ailleurs, que les jeunes médecins puissent participer à ces discussions conventionnelles, en les intégrant dans nos délégations. Mais l’opposition de certains syndicats - pas celle de MG France ! - et la volonté de nos jeunes confrères de porter un message commun n’ont pas permis pour le moment de parvenir à un accord entre les négociateurs.
Les négociations vont donc continuer, sans leur participation, ce qui est regrettable au vu de l’importance du constat restant à poser et des solutions à proposer.

Une bonne nouvelle n'en annonce pas forcément une autre

Isabelle Leclair

Le Conseil National de l'Ordre des Médecins s’engage. Le Dr Jacques Lucas vient de présenter un rapport sur la télémédecine. « L’Etat peut-il à la fois continuer de produire des textes réglementaires normatifs, appliqués à l’exercice de la médecine utilisant des moyens numériques, et laisser prospérer des offres numériques non régulées sur le marché de la e-santé ? », interroge ce dernier.
 

Ainsi, nous attendons une réécriture rapide de l’article 53 du code de déontologie médicale qui nous empêche actuellement de soigner aux standards du XXIème siècle : « … le simple avis ou conseil dispensé par téléphone ou par correspondance ne peut donner lieu à aucun honoraire…. ».
Entre temps, voilà une autre nouvelle insupportable. Nous vous annonçons la naissance de l’ANDPC. Il ne s'agit pas de l’Agence Nationale de Défense des Cucurbitacées (qui apparait en premier lorsque l’on fait une recherche sur Google), mais de l’Agence Nationale du Développement Professionnel Continu. Voilà, la formation des libéraux n’est plus libérale.
Le président de cette agence sera nommé par le ministère de la Santé et les formations devront correspondre aux orientations prioritaires pluriannuelles. Pour nous, un portfolio électronique attestant de notre démarche de DPC dans le cadre de notre obligation triennale. Là, cela va vite, très vite, et les organismes existants de DPC - dont MG Form, n’ont que 3 mois pour se mettre aux nouvelles normes.
Et notre article 53, dans 3 mois ? Sera-t-il lui aussi conforme aux standards requis par la médecine 2.0 ou encore à celle pratiquée par Rabelais ?

Stop aux délits statistiques !

Florence Lapica

La nouvelle convention mettra-t-elle enfin un terme à ses accusations basées sur des chiffres ? La CNAM fournit les données chiffrées de prescriptions des médecins libéraux aux caisses départementales. Et c’est uniquement sur ces chiffres que les CPAM se permettent de mettre en doute les prescriptions, sans aucune analyse de qualité de pratique. C’est alors au médecin de se justifier, de sortir ses chiffres, d’imprimer ses dossiers médicaux…Des objectifs chiffrés sans aucun objectif de santé public ou objectif qualité. Cela suffit !

Ces doutes systématiques entretiennent le mécontentement des médecins installés et n’attirent pas les jeunes à entrer dans le secteur libéral. « Encore de la paperasse », ce dont se plaignent régulièrement tous les médecins et qui n’incite pas à l’installation. La très grande majorité des médecins exerce son métier correctement. Est-ce que la CNAM va enfin trouver une solution qui ne pénalise pas l’ensemble de la profession par l’envoi systématique de courriers d’intimidation ? Tout cela pour 3 à 4 médecins par département qui seraient hors les clous !
Les médecins généralistes ne veulent plus perdre de temps pour si peu. La CNAM doit faire confiance aux médecins généralistes. Ils sont efficaces et efficients dans et pour le système de santé français. C’est évident. Toutes les études d’économie de la santé le montrent.
Il faut enfin stopper les dépenses qu’engendrent ces contrôles de masse.
Nous sommes pour une médecine de qualité, La nouvelle convention doit être l’occasion de réinstaurer les 8 jours de Formation médicale continue de qualité, indemnisée et indépendante, qui favorise l’harmonisation des pratiques en fonction des situations cliniques en médecine générale, pratiques recherchées par l’Assurance Maladie.

 

Retraites : bonnes nouvelles !

Jean-Christophe Nogrette

Notre retraite va mieux ! 80 % du montant de nos retraites sont sécurisés. Provocation ? Pas du tout. Il y a du nouveau sur ce point. Pour le régime complémentaire, le départ de l’ancien président de la CARMF, a permis de débloquer le dossier du “départ à temps choisi”. Les médecins libéraux du secteur 1 sont les seuls professionnels de santé conventionnés à garder la prise en charge aux 2/3 de leur cotisation ASV par la CNAM. Intéressons-nous deux minutes à ce sujet technique qui peut sembler rébarbatif mais qui est très important.

Notre retraite de médecin généraliste, comme vous le savez, est constituée par trois régimes :
- Régime de base, le même que tout le monde. Il représente en gros 20 % de notre retraite.
- Régime complémentaire, géré par la CARMF : il représente en gros 40 % de notre retraite.
- Régime ASV, conventionnel : il représente en gros 40 % de notre retraite.
Pour toucher une retraite quand nous quitterons le métier, il faut cotiser. Voici le détail que vous trouverez sur le site internet de la CARMF.

Deux bonnes nouvelles :
Pour le régime complémentaire : le départ de Gérard Maudrux, ancien président de la CARMF, a permis de débloquer le dossier du “départ à temps choisi”. Le principe reste d’autoriser le départ à partir de 62 ans avec une décote, mais l’âge du départ à taux plein reste à 65 ans et pas à 66 ans comme l’avait proposé Maudrux dans son projet de « retraite à la carte ». De plus en cotisant au-delà de 65 ans, on ne cotisera plus à perte, mais nous augmenterons nos droits. Tous les syndicats - sauf la CSMF (?) - ont entériné cet accord. La CNAVPL* l’a accepté et du côté du ministère le vent semble favorable.
Pour le régime “ASV” : ce n’est pas la CARMF qui décide, mais la convention. Le directeur de la CNAM a bien essayé de remettre en cause l’ASV, mais tous les syndicats - tous, même ceux qui naguère voulaient sa fermeture pure et simple - en ont fait un casus belli et le principe est maintenu. Les médecins libéraux du secteur 1 sont les seuls professionnels de santé conventionnés à garder la prise en charge aux 2/3 de leur cotisation ASV par la CNAM.
Cela, en secteur 1 bien sûr, puisque c’est la contrepartie des tarifs opposables.
Enfin, par une petite hausse de la part proportionnelle de cette cotisation (dont vous ne payerez qu’un tiers !), le régime est équilibré de façon pérenne contrairement à ce qui fut beaucoup dit par les gens malintentionnés.
MG France continue de défendre nos avantages sociaux et d’en obtenir de nouveaux, progressivement. Ce n’est peut-être pas spectaculaire mais cela compte pour notre présent et notre avenir. Les 80 % de notre retraite sécurisés et améliorés : c’est déjà un beau résultat !

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La Haute Autorité de Santé (HAS), autorité publique indépendante qui exerce ses missions dans les champs de l'évaluation des produits de santé, des pratiques professionnelles, de l’organisation des soins et de la santé publique, publie de nombreuses recommandations. La prise en charge des maladies chroniques est du nombre, avec des documents de référence pour chaque maladie.

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Rémunération moyenne des médecins généralistes : 78 700 euros (in DRESS p 48)
Revenus moyens des spécialistes hors médecine générale : 117 900 euros.
Différentiel = 39200 euros, soit - 49,8 %


CONFÉDÉRATION - MG France est membre de la
Chambre Nationale des Professions Libérales

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Premier syndicat de médecins généralistes, a été créé en 1986 par la fédération de syndicats départementaux avec pour objectifs : la revalorisation de la Médecine Générale, des soins de qualité accessibles à tous et faire de la médecine générale une spécialité reconnue

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