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Sandrine, généraliste interlocutrice de la vie

Le « village médical » de Monein (64) est situé juste à côté de l’imposante église gothique de cette commune de 4.500 habitants. C’est là que j’ai rendez-vous avec Sandrine Santoul, médecin généraliste. Souriante, cheveux bruns attachés, tenue colorée, elle a déjà commencé sa journée lorsque j’arrive, vers 9 heures.

Installée depuis onze ans, elle partage une salle d’attente et un secrétariat avec deux associés et accueille ses patients dans un cabinet lumineux où les murs corail voisinent les portes de placard envahies de dessins d’enfants. « Je vois les auteurs de certains des-sins en pleine adolescence maintenant », s’amuse-t-elle. Quatre jours par semaine, des dizaines de personnes défilent là. Leur seul point commun : le nom de leur « médecin de famille ». Et leur grande confiance en elle.

Ce mardi, le bal des consultations, entre 9h30 et 13h05, fera passer quatorze patients entre ses mains « très froides », et cependant chaleureuses. Elle ira en voir sept autres dans l’après-midi, à leur domicile ou à la maison de retraite.

Plus qu’un diagnostic et une ordonnance, ils cher-chent le dialogue. Pour se rassurer, se confier, discuter de l’intérêt d’un acte médical. Les motifs de consultation cachent parfois des inquiétudes que seules la proximité et l’intimité instaurées autour du bureau sauront apaiser.

Les motifs de consultation et ... ce qu’ils cachent.

Justement, un homme est préoccupé : « Je voudrais un scanner pour savoir si je peux reprendre le ski, vu que je me suis cassé le cou il y a deux ans et demi. » En prenant le temps, Sandrine parvient à lui faire comprendre qu’une radio sera plus indiquée. Elle doit aussi le rassurer sur une éventuelle hémochromatose et de récentes morsures de tiques.

Après lui, une femme vient confier ses douleurs persistantes à l’épaule. « Et ce sont les vendanges, donc il faut être guérie demain ? » avance le médecin. Tout en refusant l’attelle proposée, la patiente évoque de fréquents maux de tête, malgré un traitement déjà en place pour ses crises de migraine. Une tension artérielle élevée conduit Sandrine à lui prêter un tensiomètre pour des mesures à la maison.

Il est déjà 10h15 quand une jeune mère s’excuse de « débarquer à deux », poussette au bout des bras. « J’avais rendez-vous pour moi, mais mon fils sort d’une bronchiolite et tousse encore beaucoup », s’inquiète-t-elle.

Une fois la consultation du bébé terminée, le médecin glisse : « Et vous, c’était pourquoi ? » « Je veux perdre du poids, je me suis renseignée pour la chirurgie. » L’examen laisse se raconter les échecs des régimes suivis avec des nutritionnistes. Sandrine adresse sa patiente à un chirurgien.

Les consultations s’enchaînent et ne se ressemblent pas. Un homme non venu depuis deux ans s’entend rappeler : « Une visite tous les ans chez le médecin, ça ne fait pas de mal. J’aime voir les gens quand ils ne sont pas malades, je fais de la prévention. »

Une double-consultation révèle une otite chez une fillette et des sinus bouchés chez sa mère, entre deux échanges sur la situation financière du foyer. Une femme venue « pour une ordonnance de prise de sang » en profite pour parler de ses douleurs musculaires non apaisées par la kinésithérapie.

Une autre est soulagée de repartir avec une ordonnance d’antalgiques pour une névralgie qui la fait beaucoup souffrir. Plus tard, une lombalgie offre l’occasion de parler du traitement antidépresseur en cours, d’analyses sanguines rassurantes et de l’intérêt du dépistage du cancer colorectal. Quant à ce triathlète de très bon niveau, venu pour un certificat médical, il se voit remotivé après une saison difficile.

Les bouts de vie défilent.

Le médecin ne se contente pas de demander comment va le moral, elle se replace dans le contexte de chaque patient et prend des nouvelles de sa famille qu’elle suit aussi. Peu avant midi, Sandrine apprend à une patiente qu’elle souffre de polyarthrite, après avoir pris des nouvelles du petit-fils. Elle instaure le traitement, même si la femme ne veut « pas trop de cortisone pour ne pas être bouffie ». La minute suivante, les confidences évoquent des violences conjugales. Situation malheureusement connue. Une oreille attentive soulage la tension palpable.

L’ambiance se détend un peu lorsqu’une jeune adolescente entre en faisant la bise à Sandrine. Sa mère l’amène car elle est très inquiète suite à un étour-dissement accompagné de maux de tête. Finalement, ce n’était qu’un vertige. La consultation est l’occasion d’aborder une suspicion de scoliose.

Après vingt minutes, la carte Vitale est dans le lecteur et la fin de la matinée se profile. Ou presque. « Vous avez deux minutes pour moi ? », demande la mère de famille. Des douleurs musculaires présentes depuis deux mois commencent à la déranger.

La sonnerie du téléphone saupoudre les consultations. Pour un conseil anti-toux pour un enfant, ou encore une demande d’arrêt de travail par correspondance (évidemment refusée).

« Il n’y a pas assez de minutes dans une heure »

Difficile de respecter les horaires tout en prenant le temps nécessaire à chacun. Sandrine Santoul cale d’ailleurs un quart d’heure vide de temps en temps pour absorber son retard. Elle estime faire partie des « médecins bavards. Ou alors, il n’y a pas assez de minutes dans une heure. » Comme une respiration, le temps des visites change le rythme de la journée.

A 15h30, en haut d’un coteau, une femme âgée at-tend Sandrine, la porte de son immense maison grande ouverte. Le tic-tac de l’horloge rappelle le temps qui passe, le journal du jour ancre dans le présent. « Comment vous me trouvez, docteur ? » « En pleine forme ! »

Plus loin, « la docteure » est attendue dans une bâtisse à l’air abandonné. Elle ausculte sa patiente, lit le petit mot laissé par l’infirmier qui vient chaque matin, négocie une diminution très progressive de la morphine. Puis est invitée à partager un café « pas bouillu » et des petits beurres.

En revanche, à la maison de retraite où elle arrive vers 16h30, c’est Sandrine qui amène le goûter à l’une de ses deux patientes. La dame vient de fêter ses 101 ans et aime le chocolat. Mais pas que. Dans sa chambre plongée dans la pénombre, elle annonce n’aller au restaurant pour son anniversaire que s’il y a assez de champagne pour elle.

Spécialistes du patient tout entier

Lorsque je quitte Sandrine vers 17h30, elle a encore trois visites à assurer. Sans compter la paperasse qui s’est accumulée depuis qu’elle s’est occupée de la pile de ce midi, la promenant dans quelques dossiers.
D’une histoire à l’autre, d’un symptôme à l’autre, c’est la vie et tout ce qui la compose qui ont défilé en une journée auprès de Sandrine Santoul. Se sont révélés un métier aussi beau que difficile et une relation soignant-soignés très particulière. Les médecins généralistes, qui connaissent les familles au complet et sur le long terme, sont les seuls spécialistes de leur patient tout entier.


Cécilie Cordier
 

 

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