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N° 47 - 03 août 2015
 

MM. les Sénateurs, rendormez-vous !

Bernard Plédran

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Lors des accidents de trains, la SNCF s’est rendue compte qu’il y avait davantage de victimes dans la dernière voiture. Pourquoi la commission des Affaires sociales du Sénat a-t-elle aussitôt voté une résolution selon laquelle il fallait supprimer la dernière voiture de chaque train ?
La vie n'est-elle pas belle ? Surtout quand on est gouverné par des incompétents qui ne voient pas plus loin que leur fauteuil de sénateur.
Plus sérieusement, les membres de la commission des Affaires sociales du Sénat viennent, une fois de plus, de nous ressortir la vieille idée du "conventionnement sélectif" pour contraindre les jeunes médecins à s’installer dans les zones que la poste, la police, la gendarmerie et les commerces ont déserté depuis longtemps. Un conventionnement sélectif qui sera, bien évidemment, applicable aux seuls médecins généralistes secteur 1, dont les tarifs sont toujours bloqués, quand tous les autres spécialistes, en particulier secteur 2, peuvent continuer à visser leur plaque n’importe où et n’importe quand.
Que s’imaginent les sénateurs ? À quelle époque vivent-t-ils ? Quelles sanctions ont-ils prévu pour les récalcitrants ? On les met en prison ? On instaure un contrôle aux frontières pour qu’ils n’aillent pas s’installer dans des pays où la médecine générale est traitée correctement ?
Plutôt que voter des textes imbéciles, plutôt que d’écouter les syndicats qui portent les idées d’un autre temps, les locataires du palais du Luxembourg seraient bien inspirés de se poser les vraies questions et de se demander pourquoi aussi peu de jeunes médecins choisissent d’exercer la médecine générale libérale. Ils seraient bien inspirés d'observer ce qui se passe dans les grands pays modernes où la construction d'un système de santé basé sur les soins primaires et sur le rôle essentiel du médecin généraliste traitant s’est imposé comme une évidence. Avec en regard les moyens nécessaires pour que cet exercice s’effectue dans des conditions correctes.
Ce n’est pas la contrainte qui améliorera la prise en charge de patients de plus en plus lourds, de plus en plus complexes. Les jeunes médecins ne sont pas des jean-foutre, ils n’ont pas fait 10 ans d’études pour, au bout du compte, ne pas exercer leur métier. Mais ce métier, ils ne veulent pas l’exercer dans n’importe quelles conditions.
En France, il serait temps que les responsables politiques le comprennent. Et que plutôt que de voter des textes sans cohérence ni ambition, ils réalisent qu’il faut à notre pays un grand plan pour les soins primaires, à l’image de celui qui avait été décidé à la fin des années 50 pour moderniser nos hôpitaux. Y a-t-il dans ce pays un homme politique pour comprendre cela ?

politiquesante.jpgUne agression caractérisée de la médecine générale libérale

Jean-Jacques Cristofari

Présenté par les sénateurs Catherine Deroche et Elisabeth Doineau et Alain Milon, l’article additionnel à l’article 12 ter de la loi sur la modernisation du système de santé, en débat au Palais du Luxembourg, a introduit la notion « d’obligation de négocier sur le conventionnement des médecins en zones sur-denses et sous-denses ». Une véritable provocation.
Le 22 juillet dernier, les sénateurs se sont saisis du texte de la loi de santé adoptée en première lecture par l’Assemblée nationale. Ils ont en particulier analysé la question de la lutte contre les déserts médicaux, estimant que « les mesures mises en œuvre par le gouvernement dans le cadre du pacte territoire-santé sont utiles », mais qu’elles « ne résoudront pas à elles seules l'épineuse équation de la démographie médicale à horizon 2020 ». Il faut « aller plus loin » estiment les sénateurs, en s’inspirant notamment de recommandations du rapport Maurey de 2013. Ils ont ainsi noté qu’il y avait bien des déserts médicaux « dans tous les départements, y compris les mieux dotés ». Trois millions de Français vivent aujourd’hui dans un désert médical et la situation pourrait même s’aggraver. Rien de bien nouveau dans ce constat général de la démographie médicale, récemment analysée par l’Ordre des Médecins.
Plus inquiétante est la proposition faite par amendement par la Commission des Affaires sociales d’introduire un « dispositif de régulation des médecins sur le modèle du conventionnement sélectif en vigueur dans la plupart des professions de santé depuis 2008 et plus anciennement chez les pharmaciens ». Les zones surdotées en médecins bénéficieraient ainsi de nouveaux conventionnements sélectifs « en vertu de la règle une entrée pour un départ ». En un mot, « le conventionnement sélectif complète utilement les mécanismes d'incitation en faveur des zones sous-dotées ». Et les sénateurs d’ajouter que « la liberté d'installation sacralisée n'est pas compatible avec l'aménagement du territoire, ni avec un financement socialisé. »
A cette vision régulatrice s’ajoute une vision réductrice de la médecine générale qui, pour les sénateurs, n’est toujours pas une spécialité. Pour les élus de la Haute Assemblée, il y a les généralistes d’un côté et les spécialistes de l’autre. La médecine générale est pourtant une spécialité depuis 2004. Quel est le syndicat médical qui inspire aux sénateurs cette vision rétrograde du corps médical français?
La commission sénatoriale estime qu’un généraliste vaut, au mieux, un demi « vrai » spécialiste. Le «vrai » spécialiste pourrait à loisir exercer la médecine de premier recours, mais le généraliste ne pourrait bien sûr exercer la médecine de deuxième recours. Quel est le syndicat qui inspire cette vision hiérarchique inacceptable du corps médical français?
Partout, dans les pays modernes, le consensus est établi en vue de construire un système de santé basé sur les soins primaires autour de la fonction du médecin généraliste traitant.
En matière de santé, la commission des Affaires sociales du Sénat serait bien inspirée d’actualiser son logiciel et de ne pas accorder d’importance aux suppliques des syndicats qui portent des idées d’un autre temps et méprisent 50 000 médecins indispensables à la santé des Français.
Partout, dans les pays modernes, la construction d’un système de santé basé sur les soins primaires autour de la fonction du médecin généraliste traitant fait consensus.
En France, il est grand temps que les responsables politiques se décident à le comprendre.

profession.JPGVive les vacances !

Jean-Christophe Nogrette

Je n’ai pas de remplaçant. Je n’ai pas une énorme activité, juste “moyenne”, je ne suis pas installé en groupe. Je ne vais donc partir que 2-3 jours par-ci, par-là.
Je sollicite alors les confrères pour répondre aux demandes de mes malades. Eux aussi ont du mal à se faire remplacer. Une de mes consœurs a trouvé une remplaçante à mi-temps, pour deux jours par semaine !

Avec de telles vacances, pas question de partir loin, ni même de faire deux jours de voiture (un dans chaque sens) pour aller voir la famille à l’autre bout de la France. Finalement on va rester à la maison se reposer. Les enfants partiront de leur côté.
Tiens, je vais bricoler au cabinet. En septembre, il faudra être “accessible”.
Les députés ont fait une jolie loi qui est surtout faite pour monter les gens les uns contre les autres. Mes patients handicapés sont toujours venus me voir en fauteuil électrique. Mes patients âgés rentrent chez moi sans difficulté particulière. Mais il y a plein de petits détails à solutionner : la lumière au-dessus de la porte d’entrée, la sonnette à placer plus bas, un portier vidéo ? De mon bureau, on ne voit pas la porte d’entrée…
Cela va encore me coûter “bonbon” et en plus, à la rentrée, il y aura les impôts. Il va falloir faire attention. Pas de resto. On fera des petits barbecues à la maison.
Combien d’années vais-je tenir comme cela ? Heureusement ma femme est adorable. Elle assure mon secrétariat. Elle se fait engueuler par les gens exigeants, jamais les plus malades…Elle élève nos enfants, famille nombreuse, c’est un choix. Mais elle ne cotise pas pour sa retraite. Et ma retraite, notre retraite, elle sera comment ?
Si je trouve un poste salarié, je déplaque, c’est sûr. Enfin… Ce métier de médecin généraliste, je l’ai voulu, j’ai bossé comme un fou pendant les plus belles années de ma jeunesse pour ingurgiter la masse de connaissances qu’il faut pour devenir “docteur”. Je l’ai fait, je le fais toujours avec passion. En réalité, je n’ai pas envie de changer de métier. Je voudrais juste que là-haut, dans les palais nationaux, les gens qui nous gouvernent se rendent compte que je suis en train de crever et qu’ils agissent pour sauvegarder ce métier, mon si beau métier.
Car la médecine générale, c’est l’accès aux soins. Le soin apporté aux plus faibles, là où ils sont. Et on fait tout pour nous le compliquer, nous le “pourrir”, ce métier, mon beau métier.
Sans médecine généraliste, tout devient compliqué pour nos patients.
Les politiques qui parlent d’accès aux soins sans valoriser la médecine générale sont des imposteurs.

metier.jpgVive les vacances (bis) !

Jean-Christophe Calmes

Rejoignant les cohortes d'aoutiens, je vais partir en vacances. Je vais partir avec un de mes confrères, qui comme moi, exercent en groupe. Vacances de groupe pour médecin de groupe. Finalement assez logique.

J’ai une activité soutenue qui s’explique par l’exercice de groupe. Huit médecins généralistes associés (et bientôt neuf) dans une structure commune créée avant que le foncier ne devienne hors de prix et avant que les maisons de santé pluriprofessionnelles n’apparaissent.
Car l’exercice de groupe a plusieurs avantages, notamment le partage des charges qui sont de lourdes à très lourdes (20 % du CA), mais qui sont compensées par l’augmentation d’activité liée à l’exercice de groupe. Il permet aussi la continuité des soins, l’accès à un logiciel médical commun et de temps en temps des réunions communes permettent d’amortir l’activité.
L’accueil d’internes nous garantit de trouver des jeunes médecins généralistes compétents et habitués à notre cabinet, sans compter le plaisir du partage avec ces jeunes médecins d’une compétence remarquable.
Le départ en vacances est donc facile pour nous, sans stress lié à la continuité des soins ou à la difficulté de trouver un remplaçant. Mais toute médaille a son revers.
Le poids des charges m’empêche de partir très longtemps. Au-delà de 15 jours mon équilibre budgétaire est menacé (surtout avec l’arrivée de l’URSSAF en août). Trois semaines d’absence nécessitent un étalement du budget sur plusieurs mois.
Cet exercice est toutefois celui que je préfère après avoir été hospitalier pendant 6 ans, puis installé seul pendant 7 ans. Je ne changerais aujourd’hui de mode d’exercice pour rien au monde. Pas de hiérarchie pesante, pas de burn-out du fait d’un exercice solitaire et de la difficulté de trouver quelqu’un pour lever le pied.
Mais c’est une structure lourde que, 10 ans après, j’aurais bien du mal à financer. Car entre temps, le prix du foncier a explosé. Le poids des charges aussi, sans compter la valeur du C qui reste désespérément bloquée. Ce que j’ai, à l’époque, financé avec un emprunt de 150 000 euros (et beaucoup de stress) me couterait, au mieux le double aujourd’hui.
Ce mode de travail est aussi très recherché par nos jeunes confrères.
Il ne s’agit pas pour autant d’oublier mes confrères qui ont opté pour un exercice individuel.
La continuité des soins (comme d’ailleurs la PDSA) ne peut plus être assurée dans des conditions correctes sans financement adapté. La coordination ne se fera pas sans moyens.
La maîtrise de stage a besoin d’être soutenue. La médecine générale a besoin de moyens.
Pas de discours, pas de coercition à l’instar de ce qu’introduit l’amendement stupide de nos sénateurs restreignant la liberté d’installation.
Il faut des moyens pour la médecine générale libérale. C’est simple non ? Les politiques qui parlent d’accès aux soins sans valoriser la médecine générale sont des imposteurs.


pratique.jpgNomenclature : pensez à la cotation MCG

Gilles Perrin

Pendant les vacances, vous allez probablement voir quelques patients dont vous n'êtes pas le médecin traitant. Rappelez-vous que pour ceux-ci vos honoraires peuvent être (légèrement) majorés par l'ajout de la cotation MCG (Majoration de Coordination Généraliste).
La condition pour pouvoir coter ce MCG, qui est cumulable avec le C/CS/V/VS, est de faire un "retour d'information" au médecin traitant.

Selon la convention signée avec l’Assurance-maladie cela peut se faire très simplement : par courrier, par mail, par téléphone, par ajout de quelques lignes dans le carnet de santé. Alors n'hésitez pas. C'est entièrement légal et c'est une des rares fois pour lesquelles la coordination est rémunérée !
 

La cotation sera par ex : C(S) + MCG = 23 + 3 = 26 €

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Pasteur Lille :

Vaccinations internationales : des précautions méritent d'être prises avant un voyage : passeport, visa... mais aussi celles concernant la santé de vos patients.
Le Centre de conseil médical aux voyageurs de l'Institut Pasteur de Lille nous renseigne de manière personnalisée sur les risques médicaux liés à leur voyage et leur prévention (vaccins, chimioprophylaxie contre le paludisme, protection contre les piqûres de moustiques...).

http://www.pasteur-lille.fr/vaccins

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2,9 milliards d'économies sur la santé

Les 25 propositions de l’Assurance-maladie pour « améliorer la qualité du système de santé et maîtriser les dépenses », rendues publiques en juillet dernier en vue de la préparation de la loi de financement de la sécurité sociale pour 2015, prévoient un « plan d’économies » de l’ordre de 2,9 milliards d’euros. Le médicament devra apporter une contribution importante à ces économies, soit 1,550 milliards d’euros. Le « virage ambulatoire » opéré avec le programme de retour à domicile PRADO devra de son côté permettre d’économiser 840 millions d’euros supplémentaires. Il s’agit ici, nous dit la CNAM de « soutenir les praticiens dans une démarche de qualité et de pertinence de la prescription ».


 

 


CONFÉDÉRATION - MG France est membre de la
Chambre Nationale des Professions Libérales

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Premier syndicat de médecins généralistes, a été créé en 1986 par la fédération de syndicats départementaux avec pour objectifs : la revalorisation de la Médecine Générale, des soins de qualité accessibles à tous et faire de la médecine générale une spécialité reconnue

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