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Je trouve formidable tous les projets autour de la télé-médecine. Je trouve formidable que soit enfin reconnue comme essentielle une part non négligeable de l’activité des médecins généralistes. Car quand nous répondons à nos patients, quand nous leur donnons les conseils qui vont dans la plupart des cas permettre d’éviter une consultation physique, qu’est-ce, sinon de la télé-médecine. Et ça, nous le faisons depuis l’invention du téléphone !
Je trouve formidable le souhait de formaliser cet outil, avec des règles, des protocoles, des outils d’aide au diagnostic, pour rendre les choses plus sûres, plus pertinentes.

Je suis un peu plus perplexe quand j’entends nos politiques dirent que cet outil va permettre de résoudre l’ensemble des problèmes de l’accès aux soins, en particulier dans les zones reculées. La baguette magique, c’est bien mais c’est essentiellement dans les contes de fées. Comme tout outil, la télé-médecine va nécessiter des professionnels pour s’en servir, et ce à chaque bout de la chaîne. J’ai entendu cet élu de la Marne enthousiaste à l’idée d’installer des cabines dans son village, cabine dans lesquelles les patients viendraient s’asseoir et où l’ensemble de l’examen se ferait de manière automatique. Je suis curieux de voir comment ils vont résoudre le problème d’un certain examen de la prostate, avec une technique chère aux urologues. Mais passons !

Donc, si je trouve formidable cette technique, si je suis perplexe sur le rôle qu’entendent lui faire jouer les politiques, je suis aussi réaliste et nous allons une fois de plus nous trouver devant de belles annonces, sans réalité derrière. Pourquoi ?

  • Parce que le temps médical à consacrer à ce développement est nié, avant même d’avoir discuté du reste. Pour l’assurance maladie, « Ça ne vous prendra pas plus de temps que la rédaction d’un petit courrier ». Quand on parle aux décideurs de faire évoluer notre métier, le mépris n’est jamais bien loin.
  • Parce que le cadre juridique dans lequel tout cela va s’organiser n’est pas encore ébauché ; et là aussi, il faut être réaliste. Les procédures les plus lourdes engagées contre des médecins, l’ont été très souvent dans le cadre d’avis téléphonique ou de régulation en centre 15. Si les médecins, sans se dédouaner de leur responsabilité, ne sont pas sécurisés sur ce point, rie ne pourra se faire.
  • En corollaire du point ci dessus, la mise en oeuvre d’actions de télé-médecine, et on l’entend bien quand on discute avec nos interlocuteurs, pourrait, pourquoi pas, être le fait d’autres professionnels de santé. Et j’en entends déjà piaffer qui s’approprieraient volontiers notre rôle ; avec quelle formation ? Quelles compétences ?
  • Parce que la mise en place de la télé-médecine va nécessiter des moyens, importants. Et qu’au cours de nos premières discussions avec l’assurance maladie, ces moyens seront essentiellement fléchés vers les experts « autres spécialistes » et pas du tout vers les experts généralistes. Or, n’en déplaise à l’assurance maladie, la télé-médecine sera un vrai travail qui nécessitera une vraie rémunération.

Au total, comme l’ont été, à des niveaux divers, le stéthoscope, le téléphone ou la voiture comme outils que les médecins se sont appropriés les médecins pour exercer leur métier, comme le devient aujourd’hui l’échographie, la télé-médecine peut être un outil formidable au service de l’amélioration de la santé de nos concitoyens. À condition que tous les aspects de sa mise en oeuvre soient pris en compte et traités.

Mais au bout du compte, je termine en citant juste les propos d’un patient, il y a quelques jours : Merci docteur, j’avais tellement besoin de parler, j’avais tellement besoin que l’on m’explique.
Et ça, je crois que ce n’est que dans l’intimité de notre cabinet, de notre relation avec un patient en souffrance, que les médecins généralistes pourront continuer à l’offrir. Nous devons en être fiers et le revendiquer haut et fort.

 

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Premier syndicat de médecins généralistes, a été créé en 1986 par la fédération de syndicats départementaux avec pour objectifs : la revalorisation de la Médecine Générale, des soins de qualité accessibles à tous et faire de la médecine générale une spécialité reconnue

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