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Une enquête Statistiques sur les ressources et les conditions de vie (SRCV) de l’Insee, qui vient d'être rendue publique, met en évidence qu'environ 1,856 millions d'individus sur 46,4 millions de personnes de plus de 16 ans ont renoncé au moins une fois, au cours des douze derniers mois, à se rendre chez un médecin.

D’après les chiffres de la quatrième vague de l’enquête SRCV, réalisée au printemps 2007 (1), environ 4 % des personnes de 16 ans et plus ont renoncé au moins une fois, au cours des douze derniers mois, à se rendre chez un médecin alors que leur état de santé le nécessitait. Pour les soins dentaires, le taux de renoncement est proche de 7 %. Au total, en considérant simultanément les non‑recours à ces deux types de soins, c’est près d’une personne interrogée sur dix qui a déclaré avoir ainsi été amenée à ne pas consulter.

La barrière financière n'est pas la seule

Sur la période 2004‑2007, les taux de renoncement aux soins médicaux et dentaires ont peu varié, explique l'Insee dans sa dernière publication relative aux "renoncements aux soins médicaux et dentaires", en précisant que l'obstacle financier est le motif de renoncement le plus fréquemment cité par les répondants. Mais cette barrière n'est pas la seule et nombreux sont les Français qui évoquent également, dans le cas des soins médicaux, le manque de temps et l’attente d’une amélioration de leur état de santé (voir tableau ci-dessous). "L’âge, l’état de santé, la situation familiale (surtout chez les femmes) et le fait de disposer ou non d’une voiture ont également un impact significatif sur la probabilité de renoncement", ajoute l'Institut de la statistique, qui constate encore que le fait de ne pas être en bonne santé augmente à la fois le risque de renoncement pour des raisons financières et la probabilité de ne pas consulter pour d’autres raisons.

Les hommes sont proportionnellement un peu plus nombreux que les femmes à avoir renoncé à des soins médicaux : 4 % d’entre eux étant concernés, contre 3,3 % des femmes. De leur côté, les taux de renoncement aux soins dentaires observés chez les deux sexes - 6,5 % pour les hommes et 6,7 % pour les femmes - ne sont pas significativement différents. Si un tiers des renoncements aux soins médicaux ont été motivés par des raisons financières, deux autres raisons sont également avancées : le manque de temps (20,1 %) et l’attente d’une amélioration (19,1 %).

Renoncement et état de santé perçu

"S’agissant de l’accessibilité de l’offre de soins médicaux, l’enquête révèle que les individus ayant renoncé à consulter sont aussi nombreux que les autres à résider à moins de dix minutes d’un cabinet de médecin généraliste (ou d’un centre de soins primaires)." Le renoncement aux soins est également corrélé à l’état de santé perçu, souligne encore l'Insee. "Les personnes ne s’estimant pas en bonne santé sont, en effet, proportionnellement plus nombreuses à avoir renoncé à des soins médicaux ou dentaires au cours des douze derniers mois".

Par ailleurs, parmi les individus qui vivent sous le seuil de pauvreté, on observe des taux de renoncement aux soins médicaux et dentaires nettement plus élevés (6,7 % et 11,3 %, respectivement, contre 3,2 % et 5,9 % chez les personnes non pauvres). La situation s'aggrave pour les ménages qui perçoivent le Revenu minimum d’insertion (RMI) : 11,6 % d’entre eux renoncent à des soins médicaux et 19,0 % à des soins dentaires. La situation économique des ménages influe également sur leur recours aux soins et une aggravation de cette situation fait perdurer leur renoncement : "parmi les personnes ayant déclaré avoir renoncé à des soins médicaux, du fait de l’insuffisance de leurs ressources, au cours des douze mois précédant l’enquête de 2006, 29 % ont de nouveau été amenées, dans les 12 mois suivants, à faire le choix de ne pas consulter (alors que leur état de santé le nécessitait)". Chez les personnes qui auraient eu besoin de soins dentaires, l’écart est encore plus net (49,6 % contre 33,6 %).

L’impact négatif de l’âge

Cette question du renoncement aux soins s'inscrit au coeur de la problématique relative aux inégalités de santé, qui peuvent être aggravées du fait même de ces renoncements. L'Insee note à cet égard un "autre point qui mérite d’être souligné : si les statistiques descriptives font apparaître un taux de renoncement sensiblement plus élevé parmi les bénéficiaires de la CMU‑C, à caractéristiques égales, ces derniers n’auraient pas plus tendance à se passer de certains soins que les titulaires d’une complémentaire classique". Les résultats montrent que le renoncement aux soins est plus probable lorsque la couverture est de médiocre qualité, toutes choses égales par ailleurs.

En conclusion, explique l'enquête de l'Insee, moins l’état de santé est jugé bon, plus la probabilité de ne pas consulter pour des raisons financières plutôt que pour d’autres raisons est élevée, toutes choses égales par ailleurs. "L’impact négatif de l’âge sur la probabilité de ne pas se rendre chez le médecin s’observe aussi bien dans le cas du renoncement financier que dans le cas où cette décision est motivée par d’autres raisons. S’agissant du renoncement pour raisons financières, on constate que seuls les 70 ans et plus ont une probabilité significativement plus faible de ne pas consulter". Le niveau actuel des retraites ne doit pas être étranger à un situation qui pourrait s'aggraver dans l'avenir.

Pour la suite, l'Insee propose d'analyser les mesures de politique publique qui seraient de nature à limiter l’ampleur du phénomène, "la décision de ne pas consulter n’étant pas toujours motivée par des raisons financières". Sont évoquées les actions sur l’offre de soins (lutte contre les déserts médicaux), des mesures en matière de politique de transport (à destination, notamment, des personnes vivant en milieu rural et n’ayant pas de véhicule personnel), des mesures facilitant l’articulation des temps professionnel, familial et personnel, ou encore des actions de communication en matière de santé (permettant d’atténuer la peur des soins, de renforcer la confiance à l’égard des praticiens). Affaire à suivre.

J-J C

(1) L’enquête SRCV, réalisée par l’Insee, est la partie française de l’EU‑Silc (« European Union Statistics on Income and Living Conditions »), une enquête européenne sous la coordination d’Eurostat, qui vise à fournir des informations transversales et longitudinales comparables sur le revenu, la pauvreté, l’exclusion sociale et les conditions de vie. Lors de chacune de ces vagues d’enquête, collectées de 2004 à 2007, environ 10 000 ménages (de l’ordre de 20 000 individus âgés de 16 ans et plus) ont été interrogés. L’analyse descriptive présentée dans l'article de l'Insee porte sur l’ensemble des individus de 16 ans et plus.

 

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