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L'économiste de la santé, Mme Brigitte Dormont a, dans un passé récent déjà fait beaucoup parler d'elle, en particulier au sujet de la mort annoncée de la médecine libérale, qui serait "complètement incompatible avec un système d'assurance-maladie comme le nôtre". Elle vient de faire une nouvelle sortie sur : "Pourquoi il ne faut pas augmenter le prix des consultations médicales"

Brigitte Dormont, dans son domaine, je la trouve géniale. Mais je préfère ne pas préciser de quel domaine il s’agit ! Vous savez Mme Dormont, c'est ce professeur d'économie à Paris Dauphine, directrice du Legos et membre du think tank de Terra Nova, "le laboratoire d'idées" du PS.

Brigitte Dormont a, dans un passé récent déjà fait beaucoup parler d'elle, en particulier au sujet de la mort annoncée de la médecine libérale, qui serait "complètement incompatible avec un système d'assurance-maladie comme le nôtre". Le tiers payant, disait-elle, en créant une dépendance entre le médecin et le payeur va faire disparaître l'aspect libéral de l'exercice. Il faut vraiment avoir une vision étriquée des choses pour réduire l’exercice libéral de la médecine à son seul mode de rémunération. Passons !

Toujours avec la même technique, je prends un fait, je le monte en épingle et j'en tire une règle générale, elle vient de faire une nouvelle sortie dans un journal économique (1) sur : " Pourquoi il ne faut pas augmenter le prix des consultations médicales" A ses yeux "une hausse de 2 euros des consultations serait une double erreur. Elle coûterait 750 millions d’euros aux assurés sociaux et romprait le cercle vertueux des primes liées à la qualité des soins." Elle appuie sa démonstration sur les revenus des médecins généralistes anglais et allemands.

Votre article tombe mal Mme Dormont, très mal ; il sort en même temps que l'Atlas de la démographie médicale du Conseil de l'Ordre des médecins qui démontre que la situation de la médecine générale est tellement enviable dans notre pays qu'il y a de moins en moins de médecins généralistes en exercice, que les jeunes hésitent à s'y engager en libéral et que la situation va considérablement s'aggraver dans les années à venir. 25 % vont disparaître d'ici 2020 nous dit l’Ordre ! Et qui est concerné ? Il s'agit de ceux qui, dans les campagnes ou les banlieues difficiles, ont vu leur médecin partir et ne pas être remplacé. Vous savez, des gens du peuple. Vous devez savoir au PS ce que cela veut dire des gens du peuple !

Il y a et il y aura de moins en moins de médecins généralistes parce que notre métier est difficile, exigeant, que son exercice devient de plus en plus complexe. Il est sous-évalué et ceux qui l'exercent n'ont pas les moyens de le faire normalement. Car, quand l'économiste de Paris-Dauphine évoque nos moyens d’exercice, et c'est en cela que je la trouve injuste et partiale, elle compare nos revenus, mais pas nos conditions d'exercice. Les médecins allemands ou anglais dont les revenus sont largement au-dessus des nôtres ont des collaborateurs autour d'eux : 3 ETP (équivalents temps plein) en moyenne. Quand nous sommes en France à 0,3 ETP. Alors que les anglais ou les allemands ont trois para-médicaux pour les aider dans leurs tâches, nous avons juste de quoi rémunérer notre femme de ménage. Et encore ! Comment dès lors susciter des vocations pour que les jeunes s'installent ?

Le gouvernement que conseille Mme Dormont propose en négociation conventionnelle, d'accorder 30 000 euros aux ophtalmologues pour qu'ils embauchent un orthoptiste. Parce qu'attendre pour changer de lunettes, c'est insupportable ! Mais rien ou presque pour que les médecins généralistes de ce pays puissent avoir les moyens de s'adosser à un secrétariat convenable. MG France réclame, en plus de l'alignement de la consultation des généralistes à 25 euros - une simple mesure d'équité -, 10 000 euros par généraliste et par an pour financer un "forfait structure" indispensable pour dégager du temps médical. C'est peu pour que le différentiel de revenus entre les médecins généralistes et les autres spécialistes se comble - l'écart est de 78 % en tarif horaire - et que l'on retrouve un peu d'équité dans les professions médicales.
Nous avons Mme Dormont un merveilleux système de santé, avec des dizaines de milliers de professionnels dévoués. Continuez à les mépriser comme vous le faites. Continuez à vivre sur une autre planète. Mais ne confondez pas économie de la santé et santé de vos économies !

Bernard Plédran

(1) Challenge du 30 mai 2016

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Premier syndicat de médecins généralistes, a été créé en 1986 par la fédération de syndicats départementaux avec pour objectifs : la revalorisation de la Médecine Générale, des soins de qualité accessibles à tous et faire de la médecine générale une spécialité reconnue

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