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Osmose : Vous avez été nommé au Haut Conseil pour l’Avenir de l’Assurance Maladie. Croyez vous qu’il en sortira quelque chose ou que c’est un « machin » de plus ?
Pierre Costes : Ce Conseil vient d’être installé pour trois ans. J’ai compris qu’il était chargé d’établir annuellement pour le Parlement les recommandations visant à moderniser notre système de soins et d’assurance maladie dans le cadre d’une prise en charge solidaire. Sa composition qui réuni les acteurs, de manière beaucoup plus large que l’actuelle composition du Conseil d’Administration de l’Assurance maladie est à mon sens un élément essentiel qui permet de croire à un travail réellement productif. Le patronat a intégré cette instance. Les mutuelles complémentaires et les assurances privés en font partie, de même que des parlementaires venus du Sénat et de l’Assemblée. Les représentants des usager et des malades sont présents, et bien évidemment les professionnels de santé libéraux eux même. L’ensemble des acteurs du soins et de la prise en charge sont donc réunis dans une même instance. Si ce Haut Conseil n’est pas capable de poser un diagnostic partagé et d’établir chaque année en direction des élus et du gouvernement une ou des recommandations fortes, ce serait à désespérer.
Osmose : Le Premier Ministre qui vient d’installer le Haut Conseil a brutalement abordé la question de la prise en charge collective des suites médicales issues d’une prise de risque individuelle en prenant exemple de la fracture au ski. Pensez vous que la privatisation soit déjà programmée ?
Pierre Costes : Je crois qu’il s’agissait pour le premier ministre d’ouvrir le débat sur la responsabilité individuelle dans un système de soins à prise en charge collective de la dépense. C’est une vraie question. Nous avons une offre libérale en ville, un système de soins sans règle d’usage pour la personne, et une prise en charge solidaire et collective des dépenses. Mais aborder, comme l’a fait Mr Raffarin, cette question par la sélection du risque est une voie que MG France affirme sans issue. La fracture au ski serait une affaire de loisir en assurance privée, la fracture dans la rue en allant au travail une affaire de solidarité ? Mais alors ou classer la fracture en sortant du Cinéma ? Et celle de l’enfant envoyé en classe de neige par le secours populaire ? Il y aurait des fractures solidaires et des fractures de confort ? Le Premier Ministre s’est engagé dans une mauvaise piste. Piste noire, dérapage et chute garantie. Le tollé qui a suivi tout autant que votre question montre qu’il aura au moins réussi à lancer le débat public sur le fond de la question. On ne peut poursuivre une prise en charge solidaire et généreuse sans impliquer sous une forme ou une autre, l’individu dans une responsabilité partagée dont il va falloir déterminer le mode d’emploi. Sauf à laisser s’installer une régulation de l’accès aux soins par l’aggravation du décalage déjà observé entre tarifs pratiqués et tarifs remboursés. Un mode d’emploi devra garantir l’accès aux soins primaires, et son articulation avec l’hôpital. Il devra préciser ce qui relève de l’urgence ou de la nécessité quand à l’accès aux médecins spécialistes, et ce qui relève du choix personnel. Nombre de pays européens ont organisé les soins entre première ligne et deuxième, voire troisième avis. Il est temps que la France s’en préoccupe.
Osmose : Quel peut être l’apport de MG France dans ce débat public, hors et au sein du Haut Conseil ?
Pierre Costes : MG France milite depuis des années pour faire avancer la santé dans notre pays. Depuis la catastrophe sanitaire de cet été, plus personne ne peut s’asseoir sur la certitude de disposer en France du « meilleur système de santé du monde » pour refuser toute évolution. Au delà même de la crise majeure de son financement, c’est pour des raisons qualitatives qu’il faut réformer notre système de soins. Notre système de santé se résume trop aux seuls soins. Le système de soins est trop hospitalo-centré. L’excès de l’offre est depuis des années la seule garantie d’un accès facile aux soins pour tous. Mais cet excès est tout aussi une garantie de dépenses anarchiques et excessives. Progresser vers un système de soins organisé, s’appuyant sur des soins primaires identifiés est un impératif afin de pouvoir garantir un égal accès pour tous à des soins de qualité sera un leitmotiv pour MG France dans ses propositions de réforme. Mais sans attendre la fin des travaux et la mise en œuvre de recommandations pour les années à venir, MG France poursuivra son engagement dans la responsabilité d’aujourd’hui. A travers les accords de bon usages de soins, les contrats de pratique ou de santé publique qui seront négociés et proposés aux patients et aux soignants, c’est une véritable politique de qualité pour tous que nous désirons mener. Les résultats déjà observés en ce qui concerne la visite à domicile, le meilleur usage des antibiotiques ou la diffusion du générique doivent nous encourager à poursuivre dans cette voie
Paris le 18 Octobre 2003
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