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Permanence des soins
: Vers un numéro public national, le 3333
Propos recueillis par Brigitte Postel
MG France, demande à mettre en place un numéro de téléphone
unique, le 3333, pour améliorer la prise en charge des patients relevant de la
médecine de ville.
Le 15 restant dévolu aux urgences vraies.
Le point de vue du
Dr Jean-Noël LEPRONT, médecin
généraliste à Champigny -sur-Marne.
Quel serait l'intérêt
d'un numéro spécifique différent de celui des Centres 15 ?
Dr Jean-Noël
Lepront : Tout le monde connaît le 15, le numéro du service des
urgences de l'hôpital.
Ce numéro est sensé être réservé aux urgences graves.
Or, que constate-t-on ?
La majorité des appels au 15 relève de la médecine
de ville et non de l'urgence grave.
Le 15 est ainsi devenu un numéro que l'on
appelle aussi bien pour une fièvre à 38 ° C que pour un problème cardiaque.
Dans la pratique, 60 % des appels au 15 se soldent par un simple conseil du
régulateur. Les 40 % restants étant pris en charge soit par une équipe du SMUR,
soit orientés vers une structure hospitalière, soit adressés au médecin
traitant ou vers un SAMI (service d'accueil médical initial) dans une maison
médicale de garde.
En dehors des heures d'ouverture des cabinets médicaux de
ville, que font les patients ? La plupart vont directement dans les
services d'urgence faute d'une structure connue et simple où ils pourraient
être conseillés et éventuellement orientés.
Les urgences sont devenues
progressivement « des services de consultations non programmées »
saturant ainsi inutilement les capacités d'accueil et de traitement. En effet
70% des entrées aux urgences ne nécessitaient pas d'y passer, et seuls 20% des
patients sont hospitalisés au décours.
L'intérêt d'un numéro abrégé - 33 33 -, est donc de répondre
aux besoins de la population en terme de permanence de soins et de permettre à
chacun de nous d'accéder facilement à un médecin tout en désengorgeant les
services d'urgences. Ce numéro permettrait en outre de simplifier la lisibilité
des 400 maisons médicales de garde réparties sur le territoire, qui fonctionnent
en soirée et le week-end et les jours fériés.
Il ne s'agit pas de remplacer le 15 mais de travailler en
interconnexion avec les services d'urgences. Ces nouveaux centres de régulation
des appels, communs aux SAMU et aux médecins généralistes - avec à côté du 15
réservé aux détresses vitales un numéro spécifique aux appels médicaux -
fonctionnent déjà dans 40 départements. Mais ils restent grandement méconnus de
la population.
Un numéro unique, accrocheur, facile à retenir, relayé par
une grande campagne de communication, permettrait non seulement une meilleure
maîtrise des dépenses de santé mais surtout d'améliorer la prise en charge des
patients, en les renvoyant judicieusement en consultation auprès d'un médecin généraliste
et en limitant légitimement l'accueil aux urgences des patients qui en ont
réellement besoin.
Pouvez-vous nous
expliquer le fonctionnement de la permanence des soins dans le département du Val-de-Marne où vous exercez ?
Dr Jean-Noël
Lepront : Dans le Val-de-Marne,
deux médecins régulateurs sont en permanence de garde au centre 15, un
urgentiste et un médecin généraliste libéral.
A chaque appel d'un patient, le
régulateur distingue entre ce qui relève de l'urgence et ce qui relève de la
demande de santé.
Selon la pathologie et l'état de santé du malade, et en
dehors d'une urgence vitale, soit un médecin se déplace, soit le patient est
dirigé vers une des 10(et bientôt 12) maisons médicales du département.
A
l'heure où la pénurie de médecins généralistes devient de plus en plus patente,
ce fonctionnement permet d'optimiser les ressources de notre système de soins
et d'offrir une réponse adaptée aux besoins de la population.
En outre, il est
beaucoup moins coûteux pour la collectivité : une prise en charge dans un
service d'urgence s'élève à 223 euros contre 48 euros dans une maison médicale
de garde.
Comment voyez-vous le
déploiement de la permanence de soins sur le territoire ?
La permanence de soins relève de la médecine de ville et
s'inscrit dans le cadre d'une mission de service public. Chaque français doit
pouvoir accéder à un médecin dès l'instant où il en a besoin.
Cette mission doit disposer d'outils et de moyens adaptés à
la région et au profil de la population (densité de l'habitat, contraintes
géographiques...). Il est en effet plus facile d'organiser la permanence des
soins en ville que dans des régions où l'habitat est dispersé et les structures
de soins éloignées. C'est pourquoi la permanence des soins doit être pensée et
organisée à l'échelon régional.
Avez-vous des
difficultés à impliquer les médecins généralistes dans les gardes des
SAMI ?
Au contraire. Nous avons réussi à faire revenir des médecins
qui avaient abandonné le système des gardes. Notamment les femmes médecins qui
craignaient de se déplacer seules le soir dans des quartiers difficiles. Les
médecins n'ont plus cette crainte car nos maisons médicales sont toutes
sécurisées et un vigile est présent dans les locaux. Mais les gardes se font toujours
sur la base du volontariat. Et 98 % des astreintes sont assurées dans des
conditions inédites de confort, de sécurité, et de qualité des soins.
Quelle est la
fréquentation des SAMI du Val-de-Marne ?
La
fréquentation augmente de 15 % à 20 % par an. Et en 2008, les 10 SAMI ont vu
passer 20 000 patients qui ne sont pas allés aux urgences. Ces chiffres
témoignent d'un réel besoin pour les usagers.
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