Le docteur Pierre Fouilland au retour d'une tentative d'entrée en Birmanie dans les suites immédiates du cyclone qui a frappé le pays, dans le cadre d'une mission humanitaire.
Depuis cet entretien, Pierre Fouilland est reparti pour, cette fois, se voir autoriser à entrer pour accomplir sa mission.
Forum: Pierre Fouilland, vous êtes médecin généraliste et vous êtes parti pour la Birmanie dès l’annonce du cyclone?
Pierre Fouilland: La mission de COSI est une mission de secours sur les catastrophes naturelles... Depuis 1988 (Séisme en Arménie , l'association est intervenue sur la plupart des plus grandes catastrophes de la planètes dès lors qu'il est fait appel à l'aide International avec autorisation ou possibilité de faire entrer une équipe de soignants...et de sauveteurs ou de maitres chiens.
Les premières informations sur le cyclone ont rapidement fait déclencher la mission de reconnaissance et évaluation de COSI, chargée de faire le point sur place des besoins et de la réalité d'envoyer des équipes de secours. Cette mission a pour but de préparer la venue des équipes médicales de l'association avec leur dotation de matériel médical et d'obtenir les laisser passer, visas, reconnaitre les endroits les plus propices pour une action efficace et aussi les contacts avec les autres équipes de secours du pays ou étrangères.
Comment cela s'est passé localement?
Pour cette mission d'évaluation et de reconnaissance après le Cyclone NARGIS, les visas demandés à l'ambassade de Myanmar en France semblaient quasi impossibles à obtenir ... L'équipe de reconnaissance a donc été envoyée afin de tenter de les obtenir en Thaïlande, pays frontalier où les secours commençaient à se regrouper avec le concours et la coordination des Nations Unies (OCHA).
Dès notre arrivée le mercredi 7 Mai, nous sommes allés à l'ambassade du Myanmar à Bangkok. Nous avons du y retourner le lendemain. On nous a fait comprendre que les demandes étant faites, ils ne pouvaient rien décider ici à l'ambassade. Car une seule personne était habilité à donner un accord à Yangoon.
Le lendemain c'était une fête nationale Thai le bureau de l'ambassade était fermé, de même que le jour suivant pour le week-end..!!!!!!!
Lundi a la première heure au moins cent personnes dans le local de l'ambassade attendait pour demander des visas.... La réponse pour nous : la demande à été transmise, vous devez attendre, on vous appellera au téléphone ... Alors qu’à coté de nous des touristes français en voyage avec une agence ont été prié de donner leur passeport et on leur a indiqué que le visa leur serait donné dans 3 jours.
Sans commentaire.
Nous avons été présents aux différentes réunions tenus dans l'immeuble des nations unies à Bangkok , réunion des responsables des différentes équipes d'intervention humanitaire , aussi bien des UN que de différents pays , ou des ONG , et également aux réunion spécifiques concernant la santé sous la coordination du responsable WHO (OMS)...
Il y avait une situation irréaliste , avec des appels de fonds pour les secours par les nations Unies , des équipes officielles et des ONG prêtes à faire entrer des moyens matériels et humains de secours , et dans le même temps , tous , y compris les instances internationales avaient une quasi impossibilité de pouvoir faire entrer dans le pays des décideurs habitués à la gestion des secours ou de la coordination; Pas de communication avec le Myanmar , pas de visa pour y entrer , pas d'information ou extrêmement fragmentaire et ville par ville , sans appréciation de la situation d'ensemble . Même ceux qui par chance avaient reçu un visa, n'étaient pas sur de pouvoir entrer dans le pays, car certains se sont vu refouler a l'aéroport de Yangoon, alors qu'ils avaient obtenus un visa !!!...
Mais l'information était de notre coté fournie par les photographies satellite ...
La seule photographie aérienne du Delta, avant et après le cyclone, montrait l'importance de la zone affectée, et des destruction ainsi que l'importance des zones encore inondées .. alors que la densité de population étant connue permettaient de connaitre le bilan approximatif de la catastrophe.
Dès le départ le chiffre de plus de 100.000 décédés et au moins 1 à 2 millions de sans abri était plus que probable.
Quelles réflexions cela vous inspire t il?
L'aide Humanitaire dans ces catastrophes majeures est déjà assez difficile dans les pays ouverts.
C’est du à la réticence des gouvernants à connaitre l'ampleur de la catastrophe, puis a essayer d'y répondre avec leur moyens propres, jusqu'à ce que la situation apparaisse comme ne pouvant être gérée par les seuls secours du pays ....
Puis la demande d'aide Internationale intervient.
Le positionnement très rapide des équipes de reconnaissance permet d'accélérer les processus dès lors que le feu vert est donné.
Dans le cas du Myanmar, ou d'autres pays plus ou moins fermés habituellement ces étapes sont considérablement augmentées, du fait de la structure très rigide administrativement et politiquement.
L'arrivée des secours matériels est en général plus facile, mais les moyens humains dans ces pays sont considérablement freinés, par crainte de contacts avec les populations et de la transmission d'informations que les citoyens ne connaissent pas du fait entre autre du blocus complet de l'information extérieure au Pays.
Les réflexions a la suite de cette mission sont évidemment nombreuses. Elles ne changent pas notre façon d'agir pour l'avenir sur le plan tactique et opérationnel, elles posent plus le problème de trouver une solution pour que l'aide puisse parvenir dans ces pays fermés.
La solution est évidemment au niveau des instances internationales, et il faudra bien qu'un jour elles se décident a promulguer une loi internationale qui donnera mandat et pernnels pour agir bon gré ou mal gré envers les dirigeants de pays qui non seulement ne déclenchent pas les secours, mais font un obstacle volontaire pour empêcher que leur population soit secourue par les aides internationales.
Pour nous aider, les associations de secours d'extrême urgence (les 15 premiers jours), souhaitons qu'un visa humanitaire soit créé par les instances internationales pour que au moins dans les pays ouverts, les secours soit encore plus rapides...
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