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Contrairement à ce qui se dit souvent, les adolescents consultent volontiers et en premier lieu le médecin généraliste, 2,3 fois par an en moyenne. Nous voyons, en moyenne, un adolescent par jour. (4)
Le motif de consultation est essentiellement somatique (75%), souvent administratif et préventif (certificat d'aptitude au sport, vaccination..) (19%), rarement psychologique (6%). (2)
Spontanément, le jeune exprime rarement d'autres motifs de consultation que celui mis en avant par ses parents ou par lui-même. Le médecin n'élargit le contenu de la consultation que moins d'une fois sur deux quand le motif est administratif, une fois sur trois quand il est somatique. Il identifie donc mal les conduites à risque et il a tendance à attendre un état dépressif pour évoquer un risque suicidaire, alors que 50% des suicides mortels ont lieu en dehors de tout état dépressif caractérisé.
Rappelons-nous que le suicide est la deuxième cause de mortalité des jeunes de 15 à 24 ans (1000 morts par an). Les tentatives sont beaucoup plus nombreuses : 9% des adolescents entre 14 et 19 ans. Alors que le suicide est un motif extrêmement rare de consultation, les suicidants consultent le médecin généraliste plus souvent que les non suicidants. 87% des adolescents ayant fait un ou des actes suicidaires et non pris en charge à ce titre ont consulté un généraliste pour d'autres motifs dans les mois précédents. (3)
La plupart des adolescents vont bien et il n'est pas question de faire de l'adolescence une maladie. Mais 30 à 40%, se plaignent de désagréments : mal-être, fatigue, douleurs somatiques diverses, désintérêt et fléchissement scolaire, etc. Ces troubles sont souvent transitoires mais les prendre en compte aidera l'adolescent à résoudre ces difficultés plus rapidement et permettra l'établissement d'une relation de confiance.
15% des adolescents vont mal de façon durable et répétée, en cumulant souvent difficultés psychologiques (mal-être, dépression, tentative de suicide), comportementales (consommation de produits, violence, délinquance), familiales et sociales (conflit familial, exclusion ou marginalisation sociale), environnementales (chômage des parents, séparation, décès de proches), etc. Cumul, durée et répétition caractérisent ces adolescents en grande souffrance.
Soulignons encore que 4 des grands problèmes de santé publique prennent racine à l'adolescence : les accidents en tout genre, les consommations de produits (tabac, alcool, cannabis, autres drogues, médicaments psychotropes), les tentatives de suicides et la dépression, les comportements violents. (5) On peut y ajouter maintenant les problèmes de nutrition : surpoids, obésité, plus rarement anorexie et dénutrition.
Le médecin traitant et l'adolescent :
À sa place, modeste mais importante, le médecin traitant peut aider l'adolescent à passer le ou les caps difficiles, à condition de profiter d'une consultation motivée par un problème ponctuel pour en élargir le contenu et établir une vraie relation thérapeutique dans la durée.
Comment créer une relation de confiance ? Il nous faudra définir un cadre de soins garantissant la confidentialité à laquelle l'adolescent a droit, en reconnaissant la place des parents qui restent des soutiens indispensables. C'est une tâche complexe qui nécessite du temps, l'adolescent n'accordant parfois sa confiance qu'après un temps d'approche et d'apprivoisement. Plusieurs consultations pourront alors être nécessaires pour permettre l'évaluation de la situation, l'élaboration de la demande et la négociation sur les solutions possibles.
Toute consultation d'adolescent peut être élargie de façon simple.
Le groupe ADOC, après avoir participé à l'enquête « LYCOLL » auprès d'élèves de 3e et 2e de Charente-maritime, a mis au point un test de dépistage du risque suicidaire, simple à utiliser en médecine générale, validé et recommandé par la HAS : le test TSTS-CAFARD.
Il a aussi élaboré un référentiel d'attitudes permettant d'élargir le contenu des consultations aux champs psychologique et social avec tout adolescent consultant. (3)
Conclusion :
Avec un adolescent, le médecin traitant, dans son rôle de médiateur (« med »= remettre de l'ordre) peut devenir temporairement le garant d'un certain souci de soi, le représentant d'une nécessité de prendre soin de soi. Un des enjeux essentiels de notre métier ! (5)
Bibliographie
- HAS, Propositions portant sur le dépistage individuel chez l'enfant de 7 à 18 ans, destinées aux médecins généralistes, pédiatres et médecins scolaires, septembre 2005
- Binder P. Comment aborder l'adolescent en médecine générale? Rev Prat 2005; 55:1073-1077
- Binder P. Dépister les conduites suicidaires des adolescents: conception d'un test, validation de son usage. Rev Prat 2007;11:1187-99
- Choquet M., Ledoux S.Attentes et comportements des adolescents, Paris: INSERM 1998
- Marcelli D. Suivi psychologique de l'adolescent. Comment repérer et aider ceux qui vont mal? Rev Prat 2005; 55:1061-1063
- Alvin P, Marcelli D. Médecine de l'Adolescent. Paris: Masson, 2004
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