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Pierre Costes : Crise du choix de la médecine générale, crise de démographie, crise du financement Version imprimable Suggérer par mail
14-09-2006


>>> la position de MG France
dans un entretien de son président Pierre Costes
avec le Forum des Médecins Généralistes ( libre de droits de reproduction)



FORUM : Depuis maintenant presque 3 semaines, Xavier Bertrand multiplie les annonces. C=CS, Démographie, études médicales. Auriez vous été entendu ?

Pierre Costes : C'est la rentrée. C'est aussi l'ouverture de la campagne électorale pour les présidentielles. Ceci explique cela. Malheureusement quand les paroles ou les annonces ne sont pas suivies d'effet, il ne reste que le boniment ! Et la situation catastrophique de notre système de santé, où l'accès aux soins subit une crise majeure, impose des réponses structurelles construites sur des décisions bien concrètes. Le boniment ne saurait suffire. Ni aux professionnels, ni aux assurés ou aux malades.




FORUM : « Boniment », vous n'y allez pas un  peu fort !

Pierre Costes : Le quinquennat qui s'ouvre impose de prendre dès maintenant la mesure des enjeux. Les élus, quels qu'ils soient, vont prendre dans la figure  la catastrophe de l'accès aux soins dans notre pays. Qu'il s'agisse de l'aspect économique, du financement, de la prise en charge plus ou moins solidaire de cet accès aux soins, et à la santé (la Cour des Comptes chiffre à 37 Milliards les besoins de financement). Qu'il s‘agisse de l'accès aux soins en terme d'offre de proximité. La catastrophe démographique, depuis longtemps largement annoncée, donnera son plein, notamment en ce qui concerne la médecine générale, au cours de ce quinquennat. Mettant en péril, dans la réalité du quotidien, l'accès aux soins primaires sur de nombreuses zones du territoire. Et bien au-delà des seules zones de campagne ou de banlieues difficiles.  De cela, les élus, locaux régionaux ou nationaux vont devoir répondre. Pour de vrai. Devant une population inquiète ou mécontente. Cette crise, prévue, inéluctable, structurelle, ne saurait se satisfaire d'annonces de tribune ou de mesures conjoncturelles. C'est pour cela que je maintiens le terme de « boniment ».




FORUM : Les élections professionnelles du mois d'Avril 2006 n'ont-elles pas changé la donne ?

Pierre Costes : Cela aurait du changer la donne. Mais pas plus lors de notre rencontre de 23 Juin avec Xavier Bertrand que dans les suites conventionnelles, l'expression largement majoritaire des médecins pour une remise à plat de la convention notamment, n'a été prise en compte. Il est quand même extraordinaire de voir un Ministre faire voter une loi qui introduise le principe des accords majoritaires, et le Ministre suivant ne pas tenir compte du résultat des élections. C'est un peu le syndrome « Berlusconi ». Plus sérieusement, nos instances syndicales (Bureau national du 14 Septembre, et Comité Directeur du 23 Septembre) devront en tirer toutes les conséquences. Si la voix des électeurs n'est pas entendue, il leur reste la rue ! C'est-à-dire l'action syndicale de contestation, voire de transgression. Sous toutes ses formes. Et, à défaut de légalité, en pleine légitimité puisque le résultat du vote démocratique n'est pas entendu.




FORUM : Vous annoncez de l'agitation pour cette rentrée. Est-ce pour jouer sur l'effet présidentiel ?

Pierre Costes : La crise de notre système de santé s'exprime par de nombreuses positions revendicatrices des acteurs. Chacun y va de son communiqué, voire de préavis de grève. Chirurgiens, Obstétriciens, Spécialistes, Hôpital, Cliniques privées, assurances et mutuelles, associations de patients ou de malades, syndicats de salariés des hôpitaux, et évidemment médecins généralistes, étudiants, internes ou enseignants.

On pourrait croire qu'il s'agit  d'une surenchère électorale. Je ne le crois pas. Cette agitation, apparemment anarchique, est le signe d'une seule et même maladie.  Profonde. Qui prend sa source dans les injustices ou les inégalités d'un système en bout de course. Et le sentiment d'injustice est le carburant des révoltes.




Forum : Concernant la médecine générale, quel est votre constat ?

Pierre Costes : Plus d'horaires et moins d'honoraires, plus de responsabilités et moins de considération, telle est aujourd'hui la mauvaise équation de l'exercice de la médecine générale en France. Comment espérer dans ces conditions attirer les plus jeunes dans l'exercice d'une médecine générale si mal considérée ?  Comment dans ces conditions donner envie au plus anciens, non seulement de rester en poste, mais d'investir dans leur outil de travail, regroupement réel ou virtuel de cabinets, réseaux interprofessionnels ou autres maisons de santé. L'Etat doit reconnaître notre discipline et doter les médecins traitants de moyens économiques nouveaux, permettant de maintenir une offre de soin de proximité, gage d'égal accès aux soins sur tout le territoire. Comme la totalité des organisations de généralistes, nous demandons l'inscription de la discipline au sein du Conseil National des Universités. Par un simple arrêté dont la signature relève de la responsabilité conjointe du Ministre de la Santé et de l'Education. Bernard KOUCHNER a inscrit le DES dans la loi, Xavier BERTRAND doit inscrire la discipline dans le Conseil des Universités. C'est le geste attendu par la profession.




Forum : En Octobre 2007 se tient à paris le congrès de la WONCA. De quoi satisfaire les organisations de médecins généralistes en France ?

Pierre Costes : Octobre 2007, c'est demain. Lors de cette manifestation d'envergure mondiale, dont l'organisation est confiée au CNGE, il ne faudrait pas que notre pays soit la risée du monde. En terme d'organisation des soins primaires ou de reconnaissance de la médecine générale, la France reste un des derniers parmi les pays développés. A cette date nous aurons un nouveau président de la République et un nouveau gouvernement. Pour autant, c'est de la mission des responsables d'aujourd'hui de permettre à la France de présenter un système de santé et une médecine générale apaisée, reconnue, efficace et accessible à tous.
 

 
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