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" L'Affaire Bayer" : MG France réagit vigoureusement Version imprimable Suggérer par mail
17-08-2001

Communiqué de Presse 

Les premiers concernés, les derniers informés !

Les malades et ceux qui les soignent, ne doivent plus jamais apprendre par la télévision une décision sanitaire " économiquement " programmée

C'est donc la veille du 15 Août que le plus grand nombre des médecins généralistes aura pu, enfin, prendre connaissance par deux courriers, l'un des Laboratoires BAYER, l'autre du Laboratoire FOURNIER, des éléments d'information écrits concernant le retrait de la Cerivastatine, informations pourtant indispensables depuis plus d'une semaine à leur gestion de l'événement. Le retrait pour " iatrogénie " d'un produit concernant 6 millions de personnes dans le monde, dont plus de 600 000 en France et devant contribuer pour plus de 600 Millions d'Euros aux bénéfices du producteur pour l'année à venir, mélange sécurité sanitaire, marketing boursier, justification de restructuration, communication grand public et professionnelle et émotion des acteurs.

Cela restera " l'affaire Bayer " ou " l'affaire Staltor" et certainement marquera un virage important tant dans la communication entre les firmes et institutions avec les médecins que dans la relation au quotidien entre le Francais et " son " médicament, voire l'ensemble de ses soignants. Cela concerne les Laboratoires BAYER, en association le Laboratoire FOURNIER, mais cela aurait très bien pu être d'autres grande firme. Le plus grand nombre n'en sait plus rien mais nous devons également beaucoup à BAYER. C'est BAYER qui a fourni l'Aspirine au monde, c'est encore BAYER qui nous a donné les premiers antibactériens avec les sulfamides, avant même la découverte de la Pénicilline, et dans notre pharmacopée moderne, c'est toujours BAYER qui ouvrira la voie de la diversification thérapeutique en cardiologie avec la mise au point du premier " inhibiteur calcique " avec l'Adalate. Raison de plus pour être exigeant.

Les conditions de ce retrait brutal demandent à l'ensemble des acteurs de construire des solutions pour demain.

Estimé nécessaire par le laboratoire, sans information préalable des médecins et des pharmaciens, sans implication en amont de l'Agence Française de Sécurité Sanitaire des Produits de Santé (AFSSAPS), sans utilisation du réseau de communication électronique dédié à la santé (le Réseau Santé Social), ce "total recall " va générer une aussi brutale prise de conscience : le choix, par le Laboratoire, du moment et de la méthode de communication de cette information sanitaire importante (plus de 50 décès par iatrogénie sur un traitement à visée préventive et qui comporte des alternatives) est le résultat d'une politique délibérée, calée sur le calendrier boursier : la justification de l'annonce d'un " profit warning " suivi d'une restructuration de la branche chimie des résines en perte de vitesse, est de nature à créer un traumatisme violent dans la société et d'abord chez les professionnels qui spontanément érigent la santé de chacun de leur patient en objectif premier.

On découvre également que l'AFSSAPS - c'est le sentiment que l'on a à la lecture des documents reçus - fonde essentiellement ses décisions sur les analyses américaines de la FDA, après quelques semaines ou mois d'appropriation et que cette même agence ne dispose ni de toutes les informations de la part des firmes - c'est criant dans l'affaire qui nous occupe - ni d'un système organisé connu et aisément accessible pour le professionnel, à même de recueillir avec exhaustivité les incidents et accidents thérapeutiques, de même qu'elle ne dispose pas d'un réseau de communication descendant et direct avec les mêmes professionnels.

Et tout cela, à l'heure d'Internet et alors que la France s'est dotée d'un Réseau Santé Social (RSS) spécifique et sécurisé, qui semblait pourtant avoir été construit en partie pour cela…

Les " patients consommateurs " vont, enfin, découvrir que les traitements médicamenteux si vantés et si prisés, peuvent également, même s'ils ne concernent pas des pathologies aiguës ou immédiatement graves, présenter des risques mortels, seuls ou en association.

Cette découverte se fera brutalement par Journal Télévisé de 20 Heures interposé et la population prendra conscience, au fur et à mesure des dépêches d'agence, que les conséquences industrielles ou boursières concernant les laboratoires concernés auront vite pris le pas sur la problématique de santé publique et ses implications sur la vie des patients concernés par le médicament, sa classe thérapeutique ou la pathologie.

Le flou - pour le moins - de la perception des événements par les professionnels sera également perçu par les usagers, ce qui renforcera encore un peu le sentiment d'isolement ou d'insécurité sanitaire. Ce trouble de la confiance dans le médicament ou les médecins et pharmaciens ne restera pas sans lendemain.

Ces découvertes obligent les responsables politiques ou institutionnels à la recherche de solutions pendant que s'ouvre celle des responsabilités, dont les prémices sont posés tant par la " provision sur risque " effectuée par BAYER que par l'annonce de constitution d'une association de victimes potentielles du médicament concerné.

Les firmes d'abord doivent impérativement revoir leur stratégie de communication vers les professionnels. Sans revenir sur les liaisons entre firmes et institutions, les firmes pharmaceutiques, certes préoccupées de l'information des actionnaires et bien entendu par la réglementation boursière, doivent impérativement intégrer la place privilégiée et logiquement incontournable des professionnels, et notamment à travers leur représentation organisée, dans leur stratégie de communication avec les usagers.

Le professionnel, pharmacien ou médecin, est le vecteur premier de cette communication avec le patient. Il ne doit plus jamais apprendre par la télévision une nouvelle et une décision industrielles, dans tous les cas programmée. L'AFSSAPS pour sa part ne peut plus se permettre d'être "à coté de la plaque" comme les professionnels l'ont ressenti. Cette affaire porte à croire aujourd'hui qu'elle ne dispose ni d'un véritable système propre de suivi des produits ni d'un dispositif de transmission des informations vers les acteurs de terrain. Le " Fonds pour la communication " vers les professionnels de santé a été créé par la loi : il est déjà doté de moyens, il doit fonctionner au plus tôt, et rendre opérationnelles l'analyse indépendante de l'usage des produits et une communication spécialisée, instantanée et sécurisée vers les médecins et les officines. L'AFSSAPS doit devenir la référence en terme d'indépendance dans le domaine de la santé, de la même manière que l'on a, un jour, cru bon de créer l'Institut National de la Consommation. Le RSS, outil de la fluidité de la transmission d'informations administratives peut offrir encore plus. Responsabilité de l'état et géré en concession, il doit devenir le vecteur idéal des informations.

Les problèmes sont posés, des outils existent, des lois sont en discussions, les professionnels et MG France, en particulier, sauront apporter leur concours à la construction des véritables solutions.

Pierre Costes, Président de MG France, Fédération Française des Médecins Généralistes

 

 
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