C’est
une figure historique du syndicalisme généraliste et de la Médecine Générale
française qui est disparu le 1er Avril 2010 à BEZIERS, ville où il s’était
installé comme médecin généralisteen1952.
Quelques
semaines avant de mourir il animait encore le groupe des médecins retraités
dont il présidait l’association.
C’est
un Grand Monsieur qui s’en va, en ayant pris la précaution de transmettre tous
les documents en sa possession, véritable mémoire de la Médecine Générale, à
notre syndicat, tant il était conscient que le combat pour la médecine générale
pour lequel il s’est engagé toute sa vie, est loin d’être terminé.
Il
s’était investi très vite dans le syndicalisme aux cotés de Georges VALINGOT
dont il devient l'ami, et qui était l’initiateur
de la réflexion sur la Médecine Générale, son rôle, ses spécificités, ses
missions, le premier recours et l’accès aux soins.
Au
sein du SNMOF (Syndicat National des Médecins Omnipraticiens), il exprime des
idées très éloignées de celles débattues dans le syndicalismeconfédéral montpelliérain qu'il trouve
formaliste et guindé, loin des réalités des « modestes praticiens de
terrain ». Dans les années 1950-1970 s'établit une véritable prise de
conscience de la nécessité d'imposer un syndicalisme généraliste autonome,
puissant et actif. Jean LAROZE secrétaire générale de la SNMOF, organise avec
Jean BOUYER, président, le congrès d’EVIAN de 1956 qui initie entre médecins et
non médecins un forum sur la place du médecin généraliste dans la société et dans
la prise en charge des problèmes liés à la santé. Le SNMOF est considéré alors
comme une grande école de formation des cadres syndicaux.
Dans
les années 1970, le SNMOF s'essouffle, les cadres syndicauxdépartementaux aspirent à une plus grande
autonomie et veulent prendre des responsabilités. Le SNMOF va laisser la place
à la FNOF. Jean BOUYER en est le président, Jean LAROZE prend le poste de
secrétaire général qu'il gardera jusqu'en 1983. Jean LAROZE est le
généraliste deterrain, à l'écoute des
départements.Il amène laréflexion et l'écriture. Il milite pour un
syndicalisme généraliste autonome pouvant prétendre à un rôle délibératif pour
toutes les décisions concernant la médecine générale, et dont MG FRANCE est
aujourd’hui l’héritier et le porte-drapeau.
Mais
dans les années 1980, il assiste, impuissant, à l'effritement du syndicalisme
médical, et en est très affecté. Les jeunes cadres syndicaux tolèrent de moins
en moins la mainmise de la CSMF sur la médecine générale au détriment des seuls
généralistes. Le congrès de la FNOF, à Bayonne, marque la fin de la FNOF et la
création d’un simple collège, l'UNOF par la confédération : un collège en
échange d'un syndicat ! Jean LAROZE a vécu là, une très difficile expérience de
mépris de son métier, de non reconnaissance de la spécificité d’une pratique à
laquelle il a consacré sa vie avec une honnêteté et une droiture que tout le
monde lui reconnait. Il va alors encourager les jeunes dissidents qui siègent
au comité directeur de la FNOF (François ANGLES, Richard BOUTON, Georges
PRADOURA, Nicole RENAUD) à quitter la CSMF, et à ne pas s'investir dans l'UNOF.
Il continue en même temps à mobiliser les médecins de l'Hérault pour qu'ils
participent au séminaire national de médecine rurale à Rodez en octobre 1984,
où sera crée le Mouvement d'Action des Généralistes (MAG), tremplin de MG
FRANCE, et qui restera dans l’histoire de la Médecine générale comme le moment
de l’émergence officielle de la Médecine Générale et de son syndicat, dans le
paysage sanitaire français.
C'est
à Béziers, au domicile de Jean LAROZE qu'est écrit le « petit livre
vert », recueil des fondamentaux de MG FRANCE, et qui a été notre
profession de foi tout au long de la création et du développement du syndicat.
Jean
LAROZE a toujours été très attentif à
l'évolution de MG-FRANCE et à ses prises de décision. Son attachement à notre
syndicat était tel qu'il lui a légué ses documents constituant à la fois ses mémoires
et la mémoire de la médecine générale.
Pour
Jean LAROZE « l'action procède de la réflexion, la réflexion est vaine qui
ne débouche pas sur l'action ».
Jean
LAROZE nous a quittés ce 1er avril 2010. Il est le dernier grand témoin de la
naissance du syndicalisme généraliste. Il a publié les écrits de Georges
VALINGOT et dans un éditorial Jean dit à son sujet :
« Rien
ne restera donc qui garde mémoire de mon passage sur la terre ? ».
Ce
cri douloureux du poète OLMEQUE était celui de Georges VALINGOT à la veille de
sa mort. Il s'interrogeait, nous interrogeait sur ce qui subsisterait de son
œuvre. Nous en connaissons suffisamment la richesse et le prix pour faire en
sorte que soit préservé, et enrichi, le trésor qu'il nous a légué.
Il
appartient à tous les adhérents de MG FRANCE de contribuer à poursuivre l'œuvre
de ce généraliste exceptionnel.
Parler
de Jean LAROZE c’est parler de la Médecine Générale dans la plus large
acception du terme.
Dr Nicole
RENAUD-CRISTOFARI
Dr Pascal
BONNET
Le Président, le Bureau et le Comité Directeur de MG FRANCE
s’associent à cet hommage,
et proposeront à l’assemblée générale de MG FRANCE
de manifester le 20 juin 2010 sa reconnaissance à Jean LAROZE.